L’écriture comme vecteur de liberté
Interview de Christian Garrabos par Christine Lehning
Fondateur du Rêve et la Plume, animateur de l’atelier d’écriture, Christian Garrabos avec ses 17 ans d’expérience nous confie sa vision de l’écriture, et nous présente les activités de son association.
Quel est l’esprit de votre atelier d’écriture ?
Ecrire, c’est être en action avec la réalité du monde, c’est être engagé dans la vie, c’est porter un regard acéré sur elle au-delà des apparences.
De la même façon, vivre, c’est ressentir des émotions authentiques, c’est regarder le monde et le voir réellement, c’est se regarder soi-même, c’est goûter, c’est sentir etc. Ecrire c’est être en osmose avec la vie.
Ainsi, permettre aux gens d’écrire est un facteur fondamental de liberté. Je pense que la liberté est en soi un paradoxe.
Est-ce se laisser déresponsabiliser par la société médiatique et consumériste en adoptant la pensée unique et les chimères du confort matériel prôné par les saynètes publicitaires ? Est-ce mettre en berne sa réflexion personnelle ?
Pour moi, la liberté c’est vivre en conscience. Vivre avec ses contraintes personnelles intimement choisies et non se conformer aux impératifs de la société.
De ce fait, l’atelier d’écriture est un espace où l’on peut s’exprimer, poser un texte sur le papier, sur le net. Ecrire est réellement un vecteur de liberté.
Comment insufflez-vous cette brise de liberté dans votre atelier d’écriture ?
Le principe fondamental de l’atelier est la liberté d’expression de chacun dans un univers bienveillant, non jugeant, non évaluant.
Les propositions d’écriture permettent à chaque personne d’interroger sa façon de poser les mots sur le papier ou l’ordinateur en abordant un maximum de thèmes d’inspiration : les souvenirs, la vie personnelle, les relations humaines, la fiction, etc.
Ensuite, lors des retours, une discussion s’établit entre les auteurs des textes écrits. Les différents commentaires forment un faisceau de réflexions mettant en évidence les multiples voies et voix menant à la création d’un texte à partir d’une même consigne.
Notre atelier d’écriture a une visée littéraire.
La littérature incite à aller en profondeur des choses et à l’intérieur de soi. L’écriture va permettre d’exprimer des ressentis, des sensations, des sentiments, de susciter des émotions, de raconter des anecdotes, de faire parler des personnages, de les faire agir, de faire émerger leur complexité.
Vous avez dix-sept ans d’expérience de l’atelier. Votre pratique a-t-elle évolué au cours de toutes ces années ?
Oui, absolument. Je me suis formé avec Aleph-Ecriture (1) aux qualités fantastiques. Alain André, son créateur, et de nombreux formateurs étaient des profs extrêmement sérieux et rigoureux. La conception de l’atelier d’écriture était fondée sur des structures précises et une progression concrétisée par une première année, une seconde année, etc.
Au départ, j’ai procédé de cette façon progressive, quasi scolaire. Les thèmes de l’atelier comme le dialogue, le monologue intérieur, le récit, la nouvelle, la focalisation, la poésie… étaient abordés de différentes manières selon l’année de progression.
L’écriture est un éternel recommencement.
Une fois ou l’autre, des personnes débutantes ont demandé à venir dans un groupe de deuxième ou de troisième année pour des raisons de disponibilité. Comme à chaque séance je suis amené à reparler des prérequis par rapport à la consigne d’écriture, j’ai intégré ces nouvelles personnes aux anciennes. Avec succès.
Finalement, ce n’était pas une surprise, les personnes qui s’inscrivent savent déjà s’exprimer, elles ont une certaine expérience, des idées, une dynamique, une volonté, une envie. Tout cela permet de réussir.
De ce fait, depuis plusieurs années, je ne constitue plus de groupes de niveau. Pour moi c’est davantage de liberté, de créativité, de travail aussi puisque, chaque année, je change totalement la progression des ateliers. J’observe plus d’engouement chez les participants, ils restent en moyenne plus longtemps.
Pourquoi cette envie de créer un atelier de formation à l’animation d’un atelier d’écriture en octobre 2022 ?
Depuis quelques années, j’ai un emploi du temps chargé et je suis régulièrement sollicité pour des animations.
En juillet dernier à la suite d’un incident, j’ai pris conscience que je pouvais disparaître et que l’atelier d’écriture Le rêve et la Plume et tout ce que j’ai réalisé depuis ces dix-sept années s’écroulerait. Si je formais des gens susceptibles de poursuivre mon travail, je favoriserais sa pérennité. A travers cette formation, je transmets un certain nombre de mes compétences même si des savoir-faire et des savoir-être très personnels sont intransmissibles.
Depuis un an déjà, j’anime avec deux personnes de l’association, l’atelier d’écriture de l’Académie d’Eloquence de la ville de Pau. Sophie, professeur de français et de théâtre – Mathilde, initiée à l’écriture journalistique au sein de l’association et formée à l’activité de biographe par Aleph-Ecriture.
Votre association se développe, elle a une visibilité sur le net grâce à son blog qui s’étoffe de divers textes écrits par vous-même et par des membres de l’association.
Effectivement. Le blog est une ouverture essentielle sur les réalités du monde contemporain. En 2022 est né l’Atelier de Lecture à voix haute.
L’idée est de dépasser le strict cadre de l’atelier d’écriture et de l’élargir à tout ce qui tourne autour de la valorisation de l’écriture et de sa diffusion. Ainsi chaque personne qui écrit peut s’épanouir dans l’atelier.
D’autre part, depuis trois ans j’interviens à l’Éco-Parlement des jeunes pour la conception d’une revue avec des jeunes, sinon même des très jeunes. C’est absolument adorable ! J’ai d’autres propositions pour travailler avec des personnes âgées.
Christian Garrabos êtes-vous heureux ?
Comment dirais-je ? J’ai une vision plus ou moins tragique de la vie. L’idée est d’abord de vivre et non de s’interroger pour savoir si l’on est heureux ou non. Je suis parfaitement bien dans ma vie avec ses lacunes et ses manques. Je suis heureux d’avoir ce que j’ai. Je voudrais d’autres choses qui seraient complémentaires, une expression de mon bonheur plus forte. Je suis d’autant plus heureux que je partage beaucoup de choses et que je ne suis pas seul.
Le plus grand malheur n’est-il pas là ? Être seul, ne rien avoir à partager, ne rien transmettre.
Personnellement, j’ai ces éléments-là de transmission et de connivence. Je suis très provocateur à certains moments. J’adore ça !
Les personnes qui me côtoient se rendent compte peu ou prou que je ne me prends pas plus au sérieux que cela. Même si j’ai des convictions tout à fait profondes, je suis sûr qu’elles ne deviennent pas des freins pour l’épanouissement des uns et des autres et de mes relations avec les uns et les autres.
- Aleph-Ecriture : école d’écriture créée en 1985 par Alain André et d’autres enseignants en lettres.


