Author: Christian

Ray, c’est Ray Bradbury. L’inspirateur du Projet portant son nom qui a conduit Neil Jomunsi à écrire 52 nouvelles en 52 semaines.

C’est ce même Neil Jomunsi qui est l’instigateur du Ray’s Day , un jour voué à fêter la lecture, les auteurs et les lecteurs sur le mode du partage sur les réseaux sociaux, les blogs, les sites des auteurs, mais aussi dans les librairies partenaires du projet.

Cela n’étonnera personne que nous nous associions à cette belle idée. Ainsi nous vous offrons deux nouvelles, issues de notre recueil Florilège

N’hésitez pas à lire, partager, critiquer, conseiller ou déconseiller, bref, c’est le jours des lettres et des mots, profitez-en bien!

La légende de la forêt parle d’arbres abattus, rendus immortels de la main de l’homme.

Première sensation : un frisson, une décharge électrique. L’arbre tombe et tremble. Il murmure : « je dois mourir pour vivre encore. »

Dans la scierie, les lames le débitent et un morceau de lui paraît en bout de chaîne « planche ». On l’empile avec ses congénères et le temps s’immobilise. Pas encore vivante, pas encore quelque chose, Pause.

Assoiffée, je me dessèche, deviens dure et ferme

Le temps passe.

Des hommes hurlent et vitupèrent. Des chaînes m’enserrent avec mes congénères et un roulis infernal nous donne la nausée. Virages, bruits, klaxons, à nouveau des hommes ordonnent, trient, organisent. Le balancement instable de bas en haut, de gauche à droite nous jette sur le sol d’un hangar. Silence. Pause.

Le temps passe.

Je reste planche

Un jour, deux hommes pénètrent l’atelier. Ils choisissent quelques-unes d’entre nous ; nous débitent, nous assemblent, nous vissent, nous clouent et nous tapissent de tissus satiné.

Ils nous frottent et nous polissent la couenne par force ponçage et polissage

Cercueil : ainsi nommée enfin ; je suis cercueil. Ils vissent de robustes poignées brillantes sur mes flancs, et j’embellis d’exister.

Enfin ! Utile sans doute, immortel peut être ! Je me souviens de la légende de la forêt : arbres abattus rendus immortels de la main de l’homme.

On me place dans un grand hall.

Le temps passe.

Je suis cercueil

Mes semblables gonflent d’orgueil, tous plus beaux, plus majestueux, plus impressionnants les uns que les autres.

Des hommes tristes nous examinent, nous scrutent, et vont leur chemin.

Le temps passe.

Le matin de mon heure de gloire, je suis choisi. Je frémis de bonheur et d’appréhension.

Ils parlent de Gérard pour lequel ils m’ont choisi.

Ils le couchent, l’animal, à l’intérieur de moi et après force palabres et méli-mélo, les voilà qui scellent sur ma carcasse cette autre partie de moi, mon couvercle. « Il va rester là longtemps, ce gars à m’habiter ? Suis-je devenu une sorte de maison ? j’en doute, je ne comprends rien ! »

On nous transporte en voiture. Cette fois, six hommes me portent, toujours lui dans moi et moi autour de lui. Ils me portent sur leurs épaules robustes, un bras replié dans le dos, poing fermé, marche cadencée et d’ambulante.

Devenu la vedette, je me rengorge et fais le fier. Au moins cent personnes dans cette presque cave aux murs de pierre. Plafond en voûte, que tous ces hommes aux visages compassés imitent, noirs, mains jointes et têtes basses.

« Me prennent-ils pour un Dieu, qu’ils paraissent devant moi si humbles, si modestes ? »

Une femme officie. Elle parle de mots que je ne comprends pas. Un homme chante, parle de mort, de testament, de codicille et d’enterrement.

La femme dit ; « la vie après la mort ! »

« Gérard va-t-il sortir de moi ? », Je me sens mal à l’aise. Les hommes, ceux d’avant, ceux de la forêt, ceux de la scierie riaient et parlaient fort. Ici, tout sent la paix, le recueillement, et le silence. Je frissonne de peur quand la maîtresse de cérémonie dit : « rendez-lui un dernier hommage ».

Et chacun de ces cent-là, de me jeter de l’eau à grand coups de goupillons, l’un s’incline, une femme touche son cœur puis effleure ma carcasse.

Alors que la chanson qui parle de roses se tait doucement, les hommes me soulèvent et me sortent de la salle. Ils me déposent sur le sol et j’avance seul, à peine fier de mon autonomie : j’ai chaud et je vois des flammes. Un horrible pressentiment m’étreint. Mon heure de gloire ! Je sais sans comprendre pourquoi, que c’est la fin. Si petite vie, si courte, si misérable ! Ne servir qu’au service de la mort !

Alors, je murmure dans le crépitement des flammes : « la vie après la mort, la vie après la mort, la vie après la mort ».

Le temps est passé.

FMQ, membre de l’atelier

J’avais décidé ce jour-là, de me rendre au marché couvert de Port-Louis, dont je savais qu’il était une visite incontournable d’un séjour à l’Île Maurice. Comme toujours en vacances, nul besoin de réveil pour être debout aux aurores. Dû sans doute à un peu de décalage, l’excitation, la volonté de ne pas en perdre une miette, de rentabiliser les dix jours payés à prix d’or après des mois (années) d’économies pour ce voyage. Autant tout voir, tout faire, tout vivre à deux cents pour cent.
Déjà les quelques jours écoulés m’avaient éblouie. La végétation, la mer, les routes, les plages de sable blanc et ce ciel magnifique. Comme une douche ininterrompue de sensations chaudes, bleues, venteuses, salées, bruissantes, vertes, caressantes, suintantes, blanches, aveuglantes, tout à la fois, et qui me laissait dans un état d’hébétude totale, comme une énorme fatigue bienfaisante. De celles qui ne laissent aucun répit et poussent les nerfs à bout, au point d’aller chercher plus loin encore d’autres sensations. Comme tout corps plongé dans un liquide finit par s’y noyer avant de remonter à la surface, je ressentais ce besoin quasi animal d’engloutir encore et encore des lumières, des couleurs, des goûts et des textures qui m’étaient inconnus et dont je savais parfaitement qu’ils me seraient retirés à jamais dans peu de temps.
Munie de mon sac à dos, appareil photo, sandales, lunettes de soleil et chapeau, sans oublier le précieux porte-monnaie locale, je monte dans le bus. Après quarante minutes de route étroite, tortueuse et chaotique au milieu d’hectares et d’hectares de canne à sucre, parfois ponctués d’une tache blanchâtre d’un chapeau de paille flottant sur les pointes vert-jaune des cannes, nous voilà à Port-Louis. C’est une petite ville, mais une capitale, brouillonne mais volontaire, entre les couleurs pastel « sixties », et le « gris-acier-verre-béton » caractéristique de notre début de troisième millénaire.
Arrivé à la gare centrale d’autobus, le car se range un peu n’importe où et déballe ses passagers avec les consignes habituelles d’heure et de lieu de rendez-vous. Le marché central de Port Louis étant tout proche, nous nous dirigeons vers le « Bazar » comme on l’appelle aussi. Ce qui lui convient assez bien tant ses abords sont encombrés de petits étals de toutes sortes, de vélos, de motocyclettes et de gens. Ce qui frappe en premier est un amalgame de couleurs, de bruits et d’odeurs. Tout en marchant mes yeux balaient frénétiquement de gauche à droite les petites échoppes colorées avec leurs plastiques, leurs gamelles en aluminium, leurs petits plats chauds ou froids tous prêts et leurs jouets « made in China ».
Nous entrons dans la halle couverte et la fraîcheur du lieu nous envahit. Immédiatement je ressens un apaisement. Les étals proprement alignés regorgent de fruits qui sont des légumes, et de fleurs qui sont des fruits. Le monde qui circule est différent aussi. Ils se connaissent, ou en tout cas ils connaissent ce qu’ils achètent, se parlent en créole, plus rarement en anglais. Ils vivent ici. Un brouhaha intense emplit le lieu et résonne comme dans une boite en fer, le sol est arrosé et son odeur âcre se mêle à celle de la coriandre, de la menthe, des fleurs de lys et des ananas Victoria. Les avocats d’ici sont comme des ballons de rugby, les citrons verts regorgent de sucre et les mangues greffées sont vertes et douces. La foule devient plus dense et je commence à étouffer. Je cherche une sortie pour prendre un peu l’air et m’isoler du groupe aussi.
Après avoir passé la grille, le soleil me happe et m’aveugle. J’aperçois sur ma droite un peu d’ombre, je cours m’y réfugier. Un parfum suave me fait tourner la tête, mélange de rose et de myrte. Une petite charrette est rangée le long du mur dans un passage étroit. Je m’en approche. Elle est remplie de petits fruits joliment empilés dans des paniers d’osier. Ils ont la taille d’une mirabelle et sont d’un rouge violacé mais certains ont une couleur d’un vert blanchâtre. Je m’approche et je montre au vendeur une poche en papier blanc comme le font les clients autour de moi. Je paie en remerciant et emporte le petit sac. Un peu plus loin à l’ombre, je m’arrête et j’ouvre le sachet pour y plonger la main. Je saisis une petite boule qui ressemble à un de ces fruits que j’ai vus empilés mais qui est enrobé de petits grains collants et gras. À la vue on dirait des petits cristaux rosés mêlés à des éclats un peu plus rouges sur la peau fine d’un vert translucide.
J’en mets une entière dans ma bouche. Je la glisse entre mes dents et je serre doucement la peau fine et tendue que je sens sur ma langue. Tout à coup une explosion inédite de jus sucré mêlé aux petits cristaux salés légèrement piquants éclate et envahit jusqu’au fond de ma gorge. L’intérieur de mes narines s’humidifie instantanément ainsi que mes yeux. Mon cerveau se mobilise tout entier pour définir chaque sensation, chaque saveur. Mais ma bouche, ma langue, ma gorge ne cherche qu’à prolonger ce plaisir nouveau : « ça pique, ça fond, c’est salé, c’est sucré, c’est juteux, c’est trop bon ! » Trop tard, il m’en faut une autre. Me voilà prise au piège de cette petite goyave fondante au goût rafraîchissant de fraise des bois mêlé de sel et de piment.
C’est le diable et les anges réunis.
Je suis au paradis.

Brigitte Chevallereau, membre de l’atelier

Du 28 au 31 Aout à Cauterets (65)

 

cauterets

 

Aller au plus près de la montagne, des sites et
des vallées, de la nature et de la vie. S’impré-
gner des émotions et des sensations qu’elle
suscite en nous.
S’ouvrir à la cueillette d’images, de sensations,
identifier des sons, s’emplir de senteurs, dé-
couvrir des savoirs, rencontrer des personna-
ges et des lieux…
Découvrir et s’inspirer des grands auteurs qui ont parcouru ces
Vallées : Victor Hugo, George Sand, Lamartine, Musset, etc.
Autant de sources à notre inspiration pour écrire de
différentes manières la montagne. Le support des pro-
positions d’écriture permettra de mettre cela sous
forme de récits, de fragments, de portraits, d’haïkus…
évoquant les souvenirs et les émotions d’aujourd’hui…
Principe :
Alternance de moments de découverte sur le terrain sur les sites et vallées autour de Cau-
terets et à Gavarnie, si le temps le permet ; de temps d’écriture et de situations d’échanges.
Public :
Ce stage s’adresse à tous à partir de 13 ans. Groupe de 12 personnes maximum
Modalités pratiques :
4 à 5 heures d’écriture par jour, 2 heures le matin, le reste dans l’après-midi.
Tarif : 120 € pour les 4 jours (hors hébergement et repas qui sont libres)

Par Julien Casterot, Françoise Dulas, Christian Garrabos et Micheline Prat.

couv du train

Réunis le temps d’un voyage de Paris à Saint-Pétersbourg sur un improbable parcours ferroviaire, passant par Nice, Venise, Prague, Vienne, Budapest, Varsovie et Moscou, des voyageurs écrivent des courriers, des messages, des impressions sur eux ou sur les aventures vécues pendant cette courte semaine.

Destins croisés de personnages dont la rencontre n’aurait jamais eu lieu sans le train, moyen de transport et centre de vie. Nous allons suivre tout particulièrement quelques personnages très singuliers qui nous feront vivre au travers de leurs écrits ce long voyage…

Retrouvez nous dès aujourd’hui sur Twitter, nous signons @reveplume,

sur Facebook à l’adresse: www.facebook.com/reveplume

par email à l’adresse: reveplume@vivaldi.net

 

Florilège est un recueil de nouvelles et poésies auto-édité par 22 membres de l’atelier d’écriture en mai 2014.

florilege

 

22 contributeurs sur la  quarantaine de personnes qui a participé durant cette saison 2013/2014 à nos différents ateliers réguliers pour aboutir à cet ouvrage.

22 personnes (23 si l’on inclut le collectif des élèves de terminale ES du Lycée Moncade d’Orthez qui a envoyé une lettre de soutien aux otages français en Syrie) qui ont osé sauter le pas de la publication pour quelques-une de leurs oeuvres, imaginées à partir de propositions d’écriture que nous avons faites tout au long de cette année.

Il en résulte un ouvrage contenant une centaine de textes fort différents les une des autres par leur nature, leur style, les thèmes d’inspiration… Autant de petits cailloux multicolores jalonnant nos parcours d’écriture. Avec, forcément, dans cette récolte, des textes propres à toucher toutes les sensibilités pour en faire un magnifique bouquet de fleurs des champs!

A déguster à petites doses ou d’un seul trait…