Au Musée des Beaux Arts
Les heures s’allongent, des ombres épaisses, s’alanguissent sur l’herbe, plongent vers la droite de la toile. Quelques feuilles mortes, ça et là, vermillon sur noir, vermillon sur vert tendre, parcourent le devant du tableau et le coin droit. Une journée de fin d’été, soleil rasant, chaleur légère.
A l’extrémité gauche, tout en haut, deux silhouettes minuscules, assises sur un banc, l’une au pullover rouge, un peu affaissée ; sa voisine, en tenue claire, semble prête à se lever. Plus loin, dans l’ombre, une autre silhouette sombre, mystérieuse, comme embusquée derrière un arbre. Devant elle, un éclat de blanc griffe la toile.
Depuis quelque temps, les jours raccourcissent. Ce n’est plus l’été, pas encore les frimas d’automne. L’été indien sans doute. Les deux silhouettes en discussion : vive, amère, désagréable? Des paroles semblent séparer ces corps dont on ne saurait dire l’âge. Le temps n’est plus à l’intimité, le temps finissant commence. La passion tombée dans l’oubli, voici l’heure du poids de l’aveu, le temps des séparations, le temps restreint d’avant la fin. Le moment de bascule.
Si le soleil illumine encore l’herbe de sa présence, les ombres gagnent, inexorables.