Lecture : émerveillement, furetage, rêve

Lecture : émerveillement, furetage, rêve

Je me souviens de mes pleurs de gamine, blessée et indignée qu’un auteur japonais cruel, ait osé me raconter la mort d’un enfant.

Je me souviens des livres de la bibliothèque de mon école primaire, leurs couvertures rigides couleur prune ou vert bouteille, leurs titres dorés sur tranches, le silence d’église glissant entre les hautes étagères métalliques.

Je me souviens des boucles rebelles de Boucle d’or, de la maison de bois dans la clairière, des coussins fleuris sur les fauteuils des ours, de ma peur grandissante au fil des pages tout en suivant, à pas menus, palpitante, la curiosité de la fillette.

Je me souviens de ma perplexité, adolescente brumeuse, devant « la substantifique moëlle » rabelaisienne et du secours charitable de mon voisin de bus, ayant lu pardessus mon épaule.

Je me souviens du poids accablant du destin de Jane Eyre coincé entre 500 pages de livre de poche, trimballé de salles en cours, de wagon de métro en table de chevet. De cartons en déménagements, jusqu’à ce qu’il se détache en feuilles éparpillées.

Je me souviens de la collection de d’éditions de poche de mes parents, installée sur 3 rangs d’épaisseur. Très tôt j’ai lu les mots d’un monde d’adultes s’échappant entre les lignes, il semblait interdit, pas encore accessible et pourtant réel.

Je me souviens de mon fauteuil d’osier où, lovée, fin de classe, tartine et chocolat, je partais à l’aventure dans la roulotte du Club des 5.

Je me souviens d’avoir oublié mon arrêt de train à cause de D’Artagnan. Dijon s’est éloigné, à moi Genève atteinte au galop, à coup d’épée et de ferrets volés.